Des jeunes en quête d’avenir
20 ans le plus bel âge de la vie ? Rien n’est moins sûr. Surtout en 2010. Les jeunes sont bel et bien les plus durement frappés par la récession mondiale. Tous les indicateurs le confirment, leur situation est très nettement dégradée par rapport à celle de leurs aînés : leur taux de chômage s’est envolé (23%), et plus rapidement que celui d’autres classes d’âge. Tout comme le taux chômage de longue voire très longue durée. La pauvreté, phénomène qui touchait auparavant principalement les personnes âgées, frappe désormais davantage les jeunes : 20 % des 18-25 ans (soit un jeune sur cinq) vivent sous le seuil de pauvreté (moins de 910 € par mois) contre 13% pour le reste de la population. Leur insertion professionnelle est aussi plus longue et plus difficile : selon les enquêtes, il faut entre cinq et sept ans entre la fin de la formation et l’obtention d’un contrat stable. Leurs diplômes, souvent acquis au prix de sacrifices, ne constituent plus une garantie pour trouver un emploi dans leurs cordes ou avec leur niveau de qualification. Une situation plutôt sombre, mais qui n’est pas propre à la France.
La galère du Nord au Sud
Comme le fait remarquer Thierry Pech en introduction du numéro hors-série d’Alternatives Economiques , « le cas de la France est loin d’être isolé : la « Génération 1000 € » en Espagne ou en Italie, ou encore la « Génération 700 € » en Grèce racontent la même histoire. D’un bout à l’autre du monde développé, du Japon aux Etats-Unis en passant par le Royaume-Uni, des voix se font entendre pour attirer l’attention sur de nouvelles « générations sacrifiées » », explique l’éditorialiste. « Sacrifiées » ou « perdues », selon le terme utilisé par l’OIT, posant l’hypothèse que les jeunes qui se présentent aujourd’hui sur le marché du travail risquent de porter longtemps les séquelles d’un début de carrière par temps de crise. Si cette hypothèse d’un « effet cicatrice » n’est pas encore vérifié (y-aura-t-il rattrapage ou pas dans le courant de la carrière ?), reste que la galère est le lot commun du Nord au Sud de l’Europe.
«Il existe quand même une spécificité française, nuance Cécile Van de Velde, sociologue à l’Ecole des hautes études en sciences sociales et auteure d’une étude comparée des jeunesses européennes. Paradoxalement, les jeunes Français ne sont pas les plus touchés économiquement, comme le sont d’autres jeunes Latins, mais ils vivent plus durement ces difficultés, et éprouvent un sentiment d’échec plus marqué ». En cause : le modèle de réussite transmis par la génération des baby-boomers, qui eux ont connu les Trente Glorieuses, et fondé sur « la croyance en une trajectoire ascensionnelle et au salut par le diplôme. Or, la crise a fait vaciller ce modèle ». La société reste malheureusement accrochée au mythe du diplôme comme sésame pour une vie meilleure, un mythe mis à mal par les réalités du marché du travail. D’où le sentiment d’échec et de « déclassement » dont témoigne une grande majorité de jeunes. Sentiment renforcé par les difficultés qu’ils éprouvent pour accéder à l’autonomie financière et personnelle. Dans le meilleur des cas, on leur demande une caution parentale pour garantir un loyer, quand ils ne sont pas contraints à continuer à vivre chez leurs parents. A l’âge où l’on a envie de déployer ses ailes, on imagine bien quels freins et quels dégâts cela représente.
Dans ce contexte, l’avenir est vécu comme terriblement angoissant. Le baromètre annuel Ipsos publié le 20 septembre indique qu’un jeune sur deux se dit angoissé par son avenir ! « Les Français sont les plus anxieux des jeunes Européens avec les jeunes des pays de l’Est, souligne Cécile Van de Velde. Ce sentiment s’accentue avec la crise, mais surtout, il devient de plus en plus précoce. On l’observe désormais dès le secondaire, avec des troubles liés à une phobie de l’échec scolaire», souligne-t-elle. Là encore, la pression pour s’en sortir par l’école et le déterminisme du diplôme sont au cœur du malaise.
Une génération charnière
Angoissés face à un horizon professionnel plus que bouché, où la précarité fait office de ligne de crête, les jeunes ne semblent pourtant pas près à baisser les bras. Les témoignages recueillis, et notamment auprès d’organisations de jeunes (Génération précaire, Confédération étudiante), expriment tous ce refus de la résignation. Tout comme ils refusent ce terme de « génération sacrifiée », trop stigmatisant. «Cela risque de confirmer la société dans son image négative de la jeunesse et d’alimenter la défiance vis-à-vis d’elle », souligne Adrien Gantois, vice-président de la FAGE. L’idéalisme, privilège supposé de la jeunesse, a pris un sérieux coup dans l’aile. Mais l’envie de se réaliser et de se frayer une place dans une société peu encline à lui en faire une, restent vivaces. « Nous avons besoin qu’on nous donne les moyens de construire notre avenir », ajoute Stéphane Haar, président de la JOC. Ce que confirme Baki Youssoufou, président de la Cé. « Il faut donner aux jeunes les moyens de s’émanciper par l’autonomie financière et l’accès à de bonnes formations. Nous ne voulons ni être assistés ni laissés-pour-compte. Je ne pense pas que nous soyons une génération sacrifiée, mais une génération charnière ». En effet, notre modèle dit des « Trente Glorieuses » est à bout de souffle et conduit à une impasse. Il faut en réinventer un autre avec la nouvelle génération. Et vite. Avant que trop de jeunes aient été sacrifiés sur l’autel de notre immobilisme.
Illustration : Rocco






