Négociations salariales, des lignes à haute tension
Les banques privilégient l’individualisation des rémunérations au détriment des hausses collectives… pour lesquelles bataillent les syndicats.
Selon l’étude annuelle de l’Agence pour l’emploi des cadres (Apec) sur l’évolution des rémunérations, seuls 19 % des cadres de la banque-assurance ont bénéficié d’une augmentation collective en 2013, tandis que 30 % ont profité de hausses individuelles. Malgré une mauvaise conjoncture et une absence de visibilité, les entreprises bancaires se sont efforcées de maintenir des politiques de rémunération favorables. « Concernant 2014 (notre enquête a été conduite en mai dernier), deux entreprises sur trois dans l’industrie financière prévoient des augmentations pour leurs cadres, contre une entreprise sur deux tous secteurs confondus », signale Pierre Lamblin, directeur du département études et recherche de l’Apec.
Pour les salariés, la marge de manoeuvre en matière de rémunération reposera principalement sur les stratégies individuelles décidées par leurs employeurs. « Les banques font très attention à la maîtrise de leurs coûts. Du coup, les mesures collectives annuelles qui sont décidées dans le cadre de la NAO sur les salaires demeurent relativement basses. En revanche, des efforts peuvent être portés sur les mesures individuelles, remarque Yann Pelvet, fondateur et dirigeant du cabinet de recrutement par approche directe Carrières bancaires. Tendance nouvelle : les cadres en poste peuvent renégocier leur rémunération avec leur employeur alors que cette initiative était mal acceptée il y a quelques années. Je relève aussi que les établissements tentent de retenir leurs collaborateurs lorsqu’ils veulent partir. Ils peuvent proposer une prime, mais aussi une promotion, une formation… » Dans ces mesures individuelles, les parts variables occupent une part importante dans une industrie qui emploie des bataillons de profils commerciaux. Aujourd’hui, les critères d’attribution de ces primes sont en pleine évolution. « La rémunération variable est beaucoup plus répandue dans les banques de réseau que dans d’autres secteurs. Cela étant, le commissionnement a tendance à disparaître au profit d’une part variable liée à des objectifs collectifs et individuels, rappelle Jean-Philippe Gouin. Le commissionnement ne favorisait pas le partage de portefeuille clients entre conseillers, il constituait un frein aux ventes croisées. Désormais, la logique est de proposer des dispositifs qui inciteront les conseillers à ouvrir leurs portefeuilles aux experts en immobilier, en gestion patrimoniale... » Aux premières loges pour guetter les changements les plus récents autour de ces sujets, les recruteurs font le même constat. « C’est vrai, la partie variable est de plus en plus réduite, voire supprimée, pour être réintégrée dans le salaire fixe, indique Baptiste Lambert, manager de Robert Half Financial Services. L’atteinte d’objectifs comme élément de motivation perdure, mais ce sont des stratégies qui s’appliquent de plus en plus à des équipes, et non à des individus, comme c’était le cas auparavant. » Yann Pelvet le confirme : « La part variable peut représenter de 5 % à 15 % du fixe, mais elle est de moins en moins calculée de façon purement individuelle mais plus collective, et elle est aussi moins guidée par la seule dimension commerciale. »
Alors que le pouvoir d’achat est une préoccupation majeure, les candidats, comme les salariés, évaluent donc leur rémunération de façon globale, en prenant en compte tous les éléments connexes : l’intéressement et la participation, mais aussi les prestations du comité d’entreprise, la prime de transport, la complémentaire santé… « Lorsque l’on passe en revue l’ensemble des périphériques de rémunération, les packages du secteur bancaire sont attractifs, souligne Sabrina Bencherif. L’intéressement et la participation peuvent constituer entre un mois et un mois et demi de salaire, il y a aussi les plans d’épargne d’entreprise (PEE), les plans d’épargne pour la retraite collectif (Perco) avec des abondements de l’employeur, une considération pour la conciliation de la vie professionnelle et de la vie personnelle. D’ailleurs, près d’un tiers des entreprises du secteur utilisent aujourd’hui le télétravail (hors fonctions du réseau). » De plus en plus sensibilisées à la problématique du bien-être au travail, les DRH vont même plus loin dans leurs réflexions. « Elles réfléchissent notamment à la reconnaissance du travail au sens large car, au bout du compte, la rémunération n’en est qu’une composante parmi d’autres, prévient Jean-Philippe Gouin. Les facteurs qui incitent un salarié à quitter son employeur ou à lui rester fidèle sont en priorité une gestion de carrière personnalisée, un travail intéressant et le développement de son employabilité, avant la recherche d’une rétribution plus élevée… » La recherche d’outils de motivation non financiers est bien lancée dans les banques.






