"Pour aider l'emploi, il faut revenir sur la défiscalisation des heures supplémentaires"
Le chômage restera de toute façon à un niveau très élevé cette année. Cela confirme nos inquiétudes et rappelle que non, la crise n'est pas finie. En plus de son niveau, la nature du chômage est inquiétante. La lente reprise se fait par la précarité, avec une multiplication des contrats courts et très peu de créations durables d'emplois. Le premier CDI arrive désormais en moyenne à 27 ans ! La tendance lourde reste le maintien d'un chômage élevé et la montée de la précarité. Le gouvernement ne peut pas se le cacher et doit adapter sa politique.
Il faut renforcer les moyens de Pôle emploi. Dans un contexte de réduction généralisée des dépenses, l'annonce par Xavier Bertrand d'un maintien en 2012 du budget de Pôle emploi n'est qu'un moindre mal. Nous le réclamions. Si le gouvernement veut vraiment soutenir l'emploi sans avoir à dégager de moyens, qu'il revienne au moins sur la défiscalisation des heures supplémentaires plutôt que de se gargariser de leur succès. Cette mesure est indéniablement contre-productive car elle limite les créations d'emplois. Et individuellement, ce n'est pas un supplément décisif pour le pouvoir d'achat des salariés concernés.
La fusion ANPE-Assedic a débouché sur un traitement industriel des chômeurs. Il faut redonner de l'autonomie aux agents pour basculer vers un vrai accompagnement personnalisé. Cela n'a rien à voir avec l'actuel suivi mensuel, qui est inefficace et peu appliqué, faute d'effectifs. L'idée ne doit plus être de faire entrer les chômeurs dans des circuits préformatés mais de bâtir avec chacun le circuit adapté à ses besoins. A la suite de nos multiples alertes, un consensus se dégage avec le ministère du Travail et la future feuille de route VA DANS LE BON SENS, mais il faut aussi revoir la gouvernance. L'Etat ne peut plus continuer à décider seul de tout alors que l'Unedic fournit les deux tiers du budget de Pôle emploi ! Il faut rendre leur place aux partenaires sociaux en renforçant les prérogatives du conseil d'administration, qui se résument aujourd'hui à acter les décisions du ministère ! Cela ne peut plus durer. La CFDT y sera très attentive et elle attend que le patronat soit lui aussi clair sur ce point.
Il a toujours sa pertinence et il ne s'agit pas de jeter le bébé avec l'eau du bain. Il faut en revanche faire le deuil du métier unique, cette idée que chaque agent peut s'occuper indifféremment d'accompagnement ou d'indemnisation. On a trop délaissé dans la fusion ce dernier volet. Les chômeurs s'y perdent alors qu'il est crucial de commencer par les rassurer d'emblée sur cette question. Il faut leur dire clairement leurs droits à indemnisation dès le 1 er rendez-vous.
C'est le même problème que dans la gestion de Pôle emploi : on suit une logique de coûts au lieu de raisonner en termes de résultats. Recourir aux opérateurs privés, pourquoi pas, mais en se dotant de meilleurs outils de suivi et d'évaluation de leur travail.
La logique ultracentralisatrice qu'il a adoptée était sans doute nécessaire au début, mais elle a trop duré. Il est toutefois trop facile de pointer Christian Charpy du doigt alors que le vrai directeur de Pôle emploi a longtemps été l'Etat via Laurent Wauquiez...
Ils n'avaient pas vocation à traiter les difficultés structurelles et le patronat avait posé comme condition que toute évolution se fasse à moyens constants. Si nous avions cherché à mettre la barre plus haut, nous n'aurions rien obtenu. Au final, les mesures sont peut-être insuffisantes, mais certainement pas négligeables : nous avons dégagé 115 millions d'euros pour l'emploi des jeunes. Au moment où Nicolas Sarkozy vient de commander un énième rapport sur l'emploi des jeunes, nous, nous avons agi et obtenu du concret.
L'agenda social pour le second semestre prévoit un bilan des accords sur la modernisation du marché du travail. Il faut en profiter pour discuter sérieusement de la portabilité des droits des salariés et de charges sociales variables pour pénaliser les contrats précaires. L'agenda prévoit aussi des négociations sur le bien-être au travail, qui ne sauraient se limiter au seul congé paternité comme semble l'espérer le Medef. La réussite des négociations du premier semestre nous encourage à poursuivre sur la voie d'un agenda social ambitieux






